Tunisie : Pourquoi les médecins internes et résidents font grève
Samedi, 27 Octobre 2012 09:36

greve-medecinsTribune. Le Syndicat des Internes et des Résidents en Médecine de Tunis (Sirt) fait état de sa décision de faire grève les 30 et 31 octobre. Considérant que la nouvelle loi sur le service militaire «prive les jeunes médecins spécialistes des conditions de sursis et d’exemption à l’accomplissement du service national auxquelles ont droit tous les autres Tunisiens».  Voici les explications du Sirt.

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Inaugurée par les sbires de Ben Ali, la marginalisation systématique du secteur de la santé s’est malheureusement poursuivie sous les gouvernements qui ont dirigé la Tunisie depuis un fameux 14 janvier. Il y a tout lieu de penser que ce n’est pas un épiphénomène isolé, mais que cela s’intègre bel et bien dans un plan plus vaste, qui vise à détruire et à saborder la santé publique pour promouvoir le secteur libéral.

La nouvelle loi sur le service national (2010-17) n’est qu’une des étapes mises en place pour donner corps à ce projet. Cette loi antidémocratique prive en effet les jeunes médecins spécialistes des conditions de sursis et d’exemption à l’accomplissement du service national auxquelles ont droit tous les autres Tunisiens : soutien de famille, marié, père ou mère de famille, femme enceinte, etc. 

Les syndicats des internes et des résidents en médecine de Tunis, Sfax, Sousse et Monastir se sont opposés à cette loi depuis sa mise en place en 2010 par Mondher Zenaïdi, ministre de Ben Ali, car elle menace concrètement l’embauche. Cette mesure fait partie d’un tour de prestidigitation politique visant à étouffer la colère de nos concitoyens en leur faisant croire que des services médicaux spécialisés seront mis en place dans les régions en difficulté, ce qui est absolument faux.

Le problème de la santé dans les zones sanitaires prioritaires ne saurait se limiter à un saupoudrage de médecins spécialistes par-ci, par-là, alors que les racines du mal sont bien plus profondes. Il conviendrait en effet de rehausser la part du budget national alloué à la santé et d’établir un plan global efficient et impliquant toutes les compétences reconnues, y compris les représentants des médecins…

Quand des ministres affirment d’un ton satisfait et péremptoire que le problème de la santé n’est pas de nature financière, c’est au mieux un mensonge et au pire, une vérité qui trahit l’incompétence de tous les gouvernements, incapables de relever le défi national de la santé publique.

Parlons franchement ! Admettons, une fois pour toutes, que notre pays n’a jamais été une nation opulente et agissons au mieux avec ce que la Providence nous a accordé. Mais par pitié, rompons avec le populisme et ne faisons pas des jeunes médecins des boucs émissaires perpétuels !

Citons deux exemples (parmi de nombreux autres) témoignant de la mauvaise gestion du secteur de la santé : 1. A l’hôpital régional de Jendouba, il n’existe qu’un seul bloc opératoire pour trois services, à savoir la chirurgie générale, l’orthopédie et la gynécologie. Quand les uns opèrent, les autres sont obligés de chômer… 2. A l’hôpital de Menzel Bourguiba, une coûteuse salle de coronarographie a été laissée à l’abandon durant des années au vu et au su de tous…

Si l’on ajoute la pénurie chronique de médicaments, de bandelettes urinaires, voire même de tensiomètres, on se rend compte que le manque de moyen le dispute à la négligence. Il ne nous appartient pas de jeter l’opprobre sur personne… Mais quiconque prétendra pouvoir résoudre les carences sanitaires en deux ou trois années est, à notre avis, un bonimenteur ou un doux rêveur…

Le refus par les médecins internes et résidents de la nouvelle loi sur le service national s’explique aussi par deux autres causes. Premièrement, cet outillage juridico-politique va creuser encore plus le fossé existant entre les régions. Les habitants des régions pauvres devront se contenter d’une médecine pauvre, sous-équipée, déficiente et brinquebalante. Ce n’est pas un service à rendre à ces régions que d’envoyer dans leurs hôpitaux des recrues qui partiront au bout de six ou douze mois. Deuxièmement, la loi 2010-17 relative au service national menace gravement le recrutement effectif de nouveaux médecins spécialistes. En effet, quel gouvernement souhaiterait honnêtement débourser trois fois plus pour un poste que la nouvelle loi sur le service national comblerait à prix cassé ?

La décision de faire grève les 30 et 31 octobre 2012, n’est qu’un élément de notre long et âpre combat pour l’équité sociale et l’égalité face à la maladie. Cette grève survient après que le gouvernement a négligé de mettre en pratique les accords signés par le ministère de la santé publique le 13 juin 2011 et le 24 juillet 2012. Les derniers accords stipulaient : « le retour à l’application stricte des critères d’exemption définis par la loi 2004-1 ; l’exemption de tout médecin spécialiste qui aurait embrassé une carrière au sein de la santé publique ; l’exemption des heureux lauréats au concours d’assistanat en médecine, qui auraient pris leurs fonction dans la santé publique. » 

Par ailleurs, nous avons été grandement surpris par les propos tenus par le ministre de la santé publique à l’antenne d’Express FM, le 22 octobre 2012. En effet, il y a rejeté en bloc les accords précédemment signés par son ministère et a démontré clairement que cette institution ne parvenait pas encore à rompre avec les vieilles habitudes « sept-novembristes. »

Ce combat mené par les médecins internes et résidents devrait être celui du peuple dans sa globalité, par l’intermédiaire de la société civile, des associations et des partis. Il s’agit en effet de défendre le droit pour tous à une médecine de qualité, en conformité avec les ressources réelles du pays et avec les exigences des progrès scientifiques et techniques.

Comité de rédaction du Syndicat des Internes et des Résidents en Médecine de Tunis.

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