Lundi, 12 Novembre 2012 13:54

arifiLe célèbre Cheikh saoudien, Mohamed Arifi, effectue ces jours-ci une tournée de prédication en Tunisie, du dimanche 11 au jeudi 15 novembre, sur l’invitation des associations Dar El Hadith et El Forqane. Durant sa conférence donnée ce lundi, à Hammamet L’homme n’a pas tari d’éloges sur les imams tunisiens.

Il a eu le bon goût de souligner l’importance de notre héritage religieux malékite à travers l’histoire, citant les exemples de l'Imam Sahnoun, et du Cheikh Ben Achour. El Arifi a également condamné clairement les appels à la violence. Une manœuvre de séduction efficace, qui puise aussi son inspiration dans le modèle des télévangélistes à l’américaine. Ce qui n’est guère surprenant venant d’un homme qui avoue avoir été influencé par l’œuvre du milliardaire US Dale Carnegie, qui s’est illustré par ses best-sellers portant des titres du style «Comment se faire des amis».

Le cheikh Mohamed Arifi, dont les apparitions télévisées sont très suivies, a visiblement retenu la leçon. L’homme draine les foules, en attestent les centaines de croyants accourus assister à ses leçons, en ce lundi, à Hammamet. Il sait faire preuve d’éloquence, de souplesse et de tolérance, ce qui renforce notablement sa séduction. Mais dans les limites de la doctrine que lui a enseignée le Cheikh Ibn Baaz, dont il est l’un des élèves.

Or le Cheikh Abd al-Aziz ibn Abd Allah ibn Baaz n’est pas le premier venu. Il a été le mufti officiel de l'Arabie saoudite de 1993 jusqu'à sa mort en 1999, où il a aussi occupé le poste de Président du Conseil des Grands Oulémas du royaume wahhabite. Or c’est justement cette doctrine qui imprègne aujourd’hui les mouvances salafistes et leur branche «scientifique» ou «djihadiste». Si les premiers refusent la violence, ils n’en sont pas moins rattachés à la même vision idéologique.

En Tunisie, les principaux leaders salafistes ont suivi directement ou indirectement son enseignement.

  • Khatib Al Idrissi, considéré comme le chef spirituel des salafistes djihadistes en Tunisie, a vécu pendant des années en Arabie Saoudite, où il a suivi l’enseignement d’Ibn Baaz.
  • Abou Yadh, alias Seifallah Ben Hassine, le leader du plus important groupe salafiste djihadiste tunisien, fréquentera, durant les années 80, des militants formés par Ibn Baz, avant de partir à l’ssaut de l’Afghanistan.
  • Bechir Ben Hassan, leader du salafisme scientifique, lui, a fait des études de théologie à l’université saoudienne « Om Al Kora » à la Mecque. D’où l’influence évidente de la vulgate wahhabite dans ses prêches, particulièrement suivis dans la grande mosquée de M’saken d’où il est originaire.

C’est ainsi, que dans la Tunisie de 2012, l’influence du wahhabisme se fait grandissante, alors même que les cheikhs de la Zeitouna avaient virulemment critiqué ce message dès le XiXème siècle, sous le règne de Hammouda Pacha. A noter également que le wahhabisme a dans un premier temps été quasiment été poussé à l’extinction sous l’action du califat Ottoman. Il aura fallu attendre l’appui des Anglais, au début du XXème siècle pour que les Wahhabites puissent commencer à afficher leur domination sur la région. Des éléments historiques qui expliquent peut-être, quelques siècles plus tard, la distance prise par un leader pourtant islamiste comme Erdogan, vis-à-vis de la mouvance religieuse qui sévit actuellement en Afrique du Nord.

arifi tunisie

Et pour cause. Le saoudien Arifi comme ses alter egos tunisiens, largement influencés par Ibn Baz, défendent une vision particulièrement rigoriste de l’Islam, faisant passer sa lettre avant son esprit. Le Cheikh Mohamed Arifi, qui parait si aimable et avenant prêchera notamment l’interdiction de la musique, et des arts plastiques. Même s’il saura faire preuve de «mesure», en expliquant dans l’un de ses sermons qu’il ne faut frapper sa femme qu’avec un bâtonnet de siwak, recommandant d’éviter de taper sur son visage… Bien dans la lignée d’Ibn Baz donc.

Et rien ne vaut de s’abreuver à la source, puisque les fatwas d’Ibn Baz ont été réunies et traduites en anglais et en français et mises à la disposition des internautes du monde entier sur le site de la «Présidence Générale des recherches Scientifiques et des Fatwas» du Royaume d’Arabie Saoudite. Et le portail vaut le détour.

Les fatwas d’Ibn Baz, référence des Salafistes

Voici quelques fatwas émises par Ibn Baz, la référence saoudienne, reproduites telles quelles, sans aucune retouche. Ces avis religieux clairs et précis concerneront les coutumes sociales, les Femmes, l’esclavage, les arts, et même l’astronomie. Nous les fournirons avec les liens nécessaires, pour les lecteurs qui voudraient s’enquérir de plus de détails sur la question.

Interdiction de fêter le Mouled du Prophète
La célébration du Mawlid du Prophète (Salla Allah `Alaihi Wa Sallam) est une Bid`a (innovation en religion) qui est interdite selon tous les avis religieux les plus corrects des ulémas, parce que le Prophète (Salla Allah `Alaihi Wa Sallam) ne l'a pas célébré, ni les califes bien guidés, ni les compagnons (Qu'Allah soit Satisfait d'eux), ni les ulémas ni les dirigeants des trois meilleurs générations. Cela est arrivé par les chiites et ceux qui les ont suivis. (Plus de détail ici).

Mariage à partir de neuf ans
L'accord d'une jeune fille que le père donne en mariage à un homme vertueux n'est pas obligatoire, si celle-ci a neuf ans comme cela a été fait par As-Siddîq (qu'Allah soit satisfait de lui) en mariant sa fille `A'îcha (qu'Allah soit satisfait d'elle) avec le Prophète (Salla Allah `Alaihi Wa Sallam) sans la consulter du fait de son jeûne âge. Au-delà de neuf ans, il devient obligatoire de la consulter et de l'informer et son silence vaut acquiescement, si la femme est vierge (Bikre). (Plus de détail ici).

Niqab obligatoire
L'habit légal de la femme c'est de couvrir son visage, ses mains et l'ensemble de son corps. (Plus de détail ici).

Ce qui autorise l’esclavage
Si de nos jours, une guerre religieuse oppose des musulmans aux mécréants, et si la victoire est accordée aux musulmans et si les musulmans font des prisonniers alors il revient à l'imam des musulmans de décider quoi faire de ces captifs: les relâcher par bienveillance ou les libérer contre le paiement d'une rançon ou les tuer ou les réduire à l'esclavage, selon ce qu'il juge être de l'intérêt des musulmans, en application du Coran et de la Sunna. (…)

Relations intimes avec des esclaves
Le captif lors d'une guerre religieuse, ou également celui qui est né d'une esclave - s'il n'est pas le fils de son maître - est un esclave. Il est permis à son maître de le vendre, ou de l'employer, sans indemnité. De même, il est permis au maître d'une esclave d'entretenir avec elle des relations intimes, sans acte de mariage et sans lui verser une dot. (Plus de détail ici).

Comment un gouvernement peut libérer les esclaves

Il n'est pas permis au gouverneur d'affranchir un esclave de force, sans l'autorisation de son maître. Par conséquence, il ne peut être légalement affranchi, de cette manière, que si l'autorité légale juge que son affranchissement est dans l'intérêt général, alors il peut l'affranchir. Cependant, le détenteur du pouvoir se doit de verser le prix de cet esclave affranchi à son maître. (Plus de détail ici).

Arts plastiques, musiques, et télévision
La musique est complètement illicite, et il n'est pas permis d'écouter une chanson accompagnée d'une musique. La musique, le luth et tous les autres moyens du divertissement sont tous des blâmables et il est interdit de les écouter (voir ici). Il vous incombe de vous débarrasser des images des êtres vivants; il vous suffit d'en effacer complètement les têtes (voir ici).

La télévision est très dangereuse, et je vous recommande de ne pas la regarder et d'éviter de s’installer devant elle autant que possible (voir ici).

La Terre n’est pas vraiment plate
Dans un souci d’objectivité, on fera toutefois justice au Cheikh Ibn Baz, dont les détracteurs affirment qu’il aurait déclaré que la Terre était plate. Ce qui n’est pas tout à fait la réalité. Ibn Baz est en réalité plus nuancé, puisque à la question «La terre est-elle ronde ou plate» il a clairement répondu que «La terre toute entière prend la forme d'une boule, mais sa surface est aplanie» (voir ici).

Il est toutefois permis de s’interroger sur les conséquences politiques, sociales et intellectuelles que peut occasionner la diffusion (fusse-t-elle non-violente) de la doctrine wahhabite par le biais des salafistes, en Tunisie.

Soufia Ben Achour

Le Cheikh Arifi et les élèves d’Ibn Baz en Tunisie
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