Les Tunisiens entre l’inflation et les apprentis-sorciers du FMI
Lundi, 04 Février 2013 18:35

fmi-tunisiePeut-on réellement espérer une sortie de crise, et l’apaisement des régions, en suivant les mêmes recettes économiques qui ont justement mené à la Révolution ? Il est permis d’en douter. En attendant, on annonce l’augmentation des prix du carburant.

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Le prix de l’essence augmentera de 100 millimes/litre et le Gasoil  de 80 millimes/litre. Et la facture de la Steg sera désormais plus pesante, puisqu’une augmentation de 7% sera appliquée, prochainement, sur l'électricité destinée à la consommation non familiale.

En revanche, le ministre des Finances, M. Elyes Fakhfakh, a annoncé, lors d'une conférence de presse, tenue ce lundi 4 février, au siège de la Banque centrale de Tunis (BCT), que le prix du pétrole lampant et celui des bouteilles de gaz de pétrole liquéfié (GPL) destiné à l'usage domestique resteront inchangés.

Ces augmentations, dont la date de mise en application n'a pas été encore fixée, permettront, selon le ministre, d'alléger la charge de la subvention que l'Etat assume. Faut-il y voir la patte du Fond Monétaire International  dont une mission a séjourné ces jours-ci en Tunisie ? Certainement en partie.

Puisque le responsable a affirmé que «le ministère des Finances se penche, actuellement, en collaboration avec le FMI et l'Institut national de la statistique (INS), sur l'élaboration d'une étude approfondie sur le système de subvention en Tunisie». Et on apprend ainsi que «des reformes structurelles seront programmées à même d'orienter les subventions aux personnes qui ont en vraiment besoin à la lumière des résultats de cette étude».

Or d'après les premiers indicateurs de cette étude, publiés par l’agence Tap, «seulement 10% des familles tunisiennes démunies et 70% de la classe moyenne en Tunisie bénéficient du système de subvention, alors que les hôtels et les restaurants en profitent à 22%».

M. Fakhfakh a précisé que le «réajustement partiel permettra également de réduire le volume de la subvention, programmé dans le cadre du budget de l'Etat pour l'exercice 2013, en le portant de 4700 millions de dinars(MD) à 4200 MD».

Les émeutes du pain
Reste maintenant à savoir si les «réformes structurelles» en question ne toucheront pas aussi de plein fouet le portefeuille des classes moyennes dont le pouvoir d’achat a été sérieusement malmené par la crise. Et en l’occurrence, les Tunisiens ont vécu dans leur chair les velléités «d’ajustement structurel» préconisées par le FMI dans les années 80 du siècle dernier.

Pour ceux qui l’auraient oublié, la décision de «réduire» le déficit de la caisse générale de compensation en 1984, avait conduit à la flambée des prix du pain, des pâtes, et autres produits de première nécessité. L’Etat a dû reculer face aux émeutes du pain, réprimées dans le sang. Et à l’époque, le pouvoir n’avait pas réellement prévu cette flambée soudaine de violence entamée dans la rue tunisienne exsangue. Sauf que les indicateurs et la politique économique choisie laissaient clairement envisager le pire. Le même scénario pourrait-il se répéter ?

Certes, aujourd’hui, il n’a pas été question (pas encore ?), de baisser la subvention de l’Etat au niveau de produits essentiels dans le quotidien du Tunisien moyen. Sauf que celui-ci est déjà à bout de force, puisque son niveau de vie ne cesse d’être grignoté par l’inflation. Et dans un contexte politique particulièrement instable, une nouvelle grogne sociale risquerait de donner un coup fatal à la transition. Peut-on réellement espérer une sortie de crise, et l’apaisement des régions, en suivant les mêmes recettes économiques qui ont justement mené à la Révolution ? Il est permis d’en douter. Attention, danger.

Moez E.K avec Tap

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