Tunisie : Après le phosphate, le tourisme pris en otage
Vendredi, 03 Mai 2013 16:06

le tourisme tunisien pris en otageDéjà menacée dans le bassin minier par les revendications de l’ultra-gauche, voici que des pseudos «religieux» et des extrémistes de droite s’en prennent délibérément à notre économie nationale, en visant l’une des destinations phares de la Tunisie touristique, Hammamet.

Et c’est pourtant en ce même jour que le ministre du tourisme Jamel Gamra, dans un effort d’apaisement, a annoncé une croissance du taux de réservation au cours des quatre dernières semaines.

Pendant ce temps, c’est un animateur très particulier qui a sacrément réchauffé l’ambiance à Hammamet : le prédicateur salafiste Mohamed Hassen. Le jeudi 2 mai, ses supporters déchaînés ont même pris l’initiative de séparer les femmes des hommes sur les plages. Pour le coup, la dolce vita à la tunisienne a pris des mohamed-hassenallures saoudiennes. Les milliards dépensés en communication pour booster un secteur déjà vacillant s’envolent en fumée, à cause de quelques activistes wahhabite qui tentent coûte que coûte d’imposer leur idéologie importée.

Et alors que la traque des terroristes se poursuivait au Jebel Chaâmbi, le ministre annonçait jeudi lors d’un point de presse, «une croissance du taux de réservation au cours des quatre dernières semaines, notamment celles provenant des marchés français et russe».  

Chiffres alarmants
Sauf que les chiffres publiés dernièrement par l’Office National du Tourisme Tunisien (ONTT) semblent donner une moins souriante version des faits. Il apparaît ainsi que les entrées touristiques ont reculé de 3,7%, entre 2013 et 2012 (du 1er janvier au 20 avril), à 1 194 396 touristes.

Cette baisse a touché plusieurs nationalités, surtout celles européennes et maghrébines. Comparée à 2010, la chute de l'activité touristique a été nettement perceptible (-16,4% à 1428 647 touristes).

Pour les entrées européennes, elles ont globalement, régressé de 8,6%, à 377 947 touristes. Par rapport à 2010, la baisse est plus marquée (-35,6%). Le premier marché touristique de la Tunisie, la France s'est replié de 22,9%, à 137 658 touristes. Le flux touristique français a même chuté de moitié par rapport à 2010 (- 48,5%).

Les entrées touristiques en provenance d'Allemagne ont stagné à 58 824 personnes et celles du marché anglais ont cru de 12,9%, à 64 774 touristes.

Quant au tourisme maghrébin, les statistiques de l'ONTT, montrent une diminution des entrées de 1,4% (778 199 touristes) par rapport à l'année écoulée et de 2,2% par rapport à 2010. Le nombre de visiteurs libyens a reculé de 3,7%, à 562 529 personnes. Par contre, les entrées des algériens se sont améliorées de 6,3% (202 102 touristes).  Les recettes touristiques ont reculé de 3,1%, à 644,7 millions de dinars, par rapport à 2012 et de 4,6%, comparé à 2010 (675,9 MD).

Autant dire donc que ces chiffres sont plutôt inquiétants. D’autant plus que l’autre secteur phare de l’économie tunisienne, à savoir le phosphate, est, lui aussi, menacé d’effondrement. Les autorités vont-elles permettre aux extrémistes de droite, cette fois-ci de porter le coup de grâce à notre économie ? Peut-on se permettre de laisser des irresponsables prendre en otage les ressources stratégiques de la Tunisie ?

Synth. Moez E.K

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