| La Tunisie vue par France Télévisions |
| Vendredi, 18 Janvier 2013 11:44 |
La page Facebook du programme a été la cible de centaines de trolls tunisiens, décidés à réagir avec une avalanche de commentaires, selon un schéma désormais bien rôdé. C’est qu’en l’occurrence, l’image projetée de la Tunisie auprès de millions de téléspectateurs, ne fera certainement pas l’affaire de notre pays, qui dépense des milliards en communication pour tenter d’attirer de nouveau les touristes européens. Sur la page consacrée à ce programme TV sur Facebook, un internaute tunisien écrira «inutile de vous dire que tout ce qui pouvait avoir du sens a été laissé de côté, pour que l'accent soit mis sur ce qui conforte le téléspectateur français et francophile dans ses convictions, ses peurs et ses illusions». Un autre relèvera cependant que «pour comprendre l’enjeu, il faut identifier la source de l'info, (…) dans le cadre justificatif de la guerre sur Le Mali et autre pays potentiels». La source de l’info ? C’est France 2. Une chaîne du service public, relevant du groupe France Télévision, dont le capital est exclusivement détenu par l'État français. Faudrait-il donc voir l’influence de dirigeants politiques, décidés à pointer du doigt l’ennemi, et accessoirement remonter le moral des troupes alors qu’il lance son offensive au Mali ? C’est en tous cas une opinion largement répandue en Tunisie. D’autant plus que l’image présentée paraît plutôt caricaturale. L’image de la France en question «Des médias tunisiens font pire» Mais la situation de notre pays était-elle plus reluisante à l’époque où des milliers de Tunisiens croupissaient en prison, et étaient torturés pour leur opinion ? Comment justifier que sous l’ère de Ben Ali, les médias français étaient plutôt avares en critiques ?
Or paradoxalement, la Tunisie libérée de la dictature ne trouve plus autant de défenseurs de l’autre côté de la Méditerranée. Serait-ce à cause de la dissolution de la défunte ATCE, et de la disparition des séjours tous frais payés ? Liberté de la presse ? Les Tunisiens, n’auront pas oublié que le reportage consacré à Jénine, cette ville palestinienne quasiment rasée de la carte par les bombardements sionistes, aura été déprogrammé in extremis par la chaîne Arte, en avril 2003. Or la chaîne en question est elle-même détenue à hauteur de 45% par France Télévisions, et à 25% directement par l’Etat français. Mais France Télévisions n’aura visiblement pas les mêmes scrupules quand c’est de la Tunisie qu’il s’agit. Certes, la menace des extrémistes est réelle. Et l’intervention militaire française risque même de l’exacerber. L’extrémisme, le terrorisme sont une réalité qu’il serait vain de nier. Les groupuscules djihadistes font des dégâts en Tunisie. Et ils assument même une grande part de responsabilité dans la diffusion de ce reportage français. Mais la société tunisienne est plus mobilisée que jamais. Des artistes déploient toute leur créativité, pour mettre en scène des œuvres qui mettent en pièces l’obscurantisme, faisant voler en éclats les clichés éculés. Pour faire de la Révolution une explosion de couleurs sur leur chevalet. Des galeries d’art s’ouvrent, malgré les menaces et les attaques des salafistes iconoclastes. De nouveaux chanteurs, issus de l’underground interdit sous Ben Ali accèdent à la célébrité, avec la reconnaissance de l’unanimité. Mais toute cette effervescence culturelle et sociale, la télévision française préfèrent la zapper. A croire qu’ils préfèrent nous voir «chanter et danser» sous la menace de la police politique pour amuser les touristes… Oualid Chine Facebook Social Comments Box for Joomla |