Tunisie : Z, caricatures et appels au meurtre
Vendredi, 18 Mai 2012 15:48

z-tunisieDes pages facebook se partagent des œuvres de Z, le célèbre caricaturiste masqué, en les attribuant à notre collègue, le journaliste Thameur Mekki, en y joignant un message de menaces à peine voilé. Deux caricatures sont ainsi diffusées sur les réseaux sociaux, avec ce commentaire pour le moins suggestif : «Ô peuple, tu as la liberté absolue de traiter cet individu comme bon te semble, et tu n’es pas tenu par sa définition de la liberté».

Les caricatures en question continuent pourtant de circuler, accompagnées de cette mention désignant Thameur à la vindicte populaire.

Or cette fois-ci, Z y est allé fort, en tournant en dérision le procès Persepolis, et l’usage de termes habituellement réservés aux compagnons du Prophète pour qualifier Rached Ghannouchi. Autant dire que les images en question sont particulièrement sulfureuses. Et en l’occurrence, désigner de la sorte Thameur Mekki comme leur auteur, avec ce petit message exhortant au passage à l’action peut avoir des conséquences plutôt graves.

Les commentateurs se déchaînent. Certains demandant explicitement l’adresse de Thameur, histoire de lui rendre une visite de «courtoisie». Sauf que M. Mekki n’est en aucun cas l’auteur de ces caricatures, et crie à qui veut l’entendre que  Z., ce n’est pas lui. Z s’est également empressé de démentir cette rumeur que certains font circuler sur les réseaux sociaux. Ce qui n’empêchera pas l’intox de continuer à distiller son poison. Thameur Mekki déclare à ce stade : «Il s’agit d’un appel au meurtre. Je vais porter plainte contre ceux qui diffusent ces mensonges». Or Thameur n’est pas la première victime collatérale des caricatures de Z.

En novembre 2009, c’est la blogueuse Fatma Riahi, plus connue sous le pseudonyme Fatma Arabicca, qui a été accusée par la police politique de Ben Ali, d’être l’auteur de ces dessins tournant en dérision la dictature. Et voici qu’après la Révolution, d’autres parties en viennent à porter les mêmes accusations, remettant en cause la liberté d’expression. Sauf qu’ils choisissent de viser une autre cible, et en l’occurrence Thameur Mekki.

ben ali z tunisie

Réfugié dans son anonymat, Z, est désormais célèbre. Il a été retenu dans la sélection mondiale des dessinateurs pour la paix, aux côtés du syrien Ali Farzat, de l’algérien Dilem, et du français Plantu. Sous son masque, il multiplie les coups de griffes, en titillant sérieusement les lignes rouges. Or il est architecte de profession, et n’a absolument rien à voir, ni avec Fatma Arabicca, et encore moins avec Thameur Mekki.

Il apparait pourtant dans la Tunisie de l’après Révolution, que l’appel au meurtre visant les journalistes, artistes, et autres hommes de culture, s’est banalisé. Néjiba Hamrouni, la présidente du Syndicat National des Journalistes Tunisiens (SNJT) a ainsi été injuriée, menacée, vilipendée, et a finalement, elle aussi, décidé de porter plainte. Reste à savoir, maintenant, si la justice permettra réellement de refroidir les ardeurs de ceux qui font aujourd’hui peser de sérieuses menaces sur la culture et la liberté en Tunisie.

Moez El Kahlaoui

Tunisie : Z, caricatures et appels au meurtre
 

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