Derrière la caméra de Wled Ammar
Mercredi, 06 Novembre 2013 16:57

Dans cette interview, Nasreddine Ben Maati revient sur la naissance du projet «Wled Ammar». De la première étincelle jusqu’au montage en passant par le tournage, il dévoile ce qui l’a incité à se lancer dans cette aventure cinématographique et sa manière de la vivre.

Comment est née l’idée de ce  documentaire ?

Entre 2008 et 2011, j’étais très actif sur les réseaux sociaux, je suivais avec beaucoup d’intérêt les blogueurs et les mots d’ordre des cyber-activistes. Après le 14 janvier 2011 quand ils sont devenus célèbres, l’idée m’est venue de faire un film sur eux. A la suite de l’appel à projets de Sud Ecriture portant sur la vision de la révolution par la jeunesse, j’ai soumis mon projet qui a été accepté. J’ai eu la chance de faire l’atelier Sud Ecriture avec 2 documentaristes anglais très expérimentés qui m’ont aidé à trouver une ligne directrice.  Enfin lorsque le projet s’est concrétisé, j’ai eu la chance que deux producteurs me fassent confiance (Nomadis Images et Propaganda Productions).

Est-ce que les blogueurs et les cyber-activistes ont accepté facilement de témoigner ?

Dans l’ensemble tous ceux que j’ai contactés étaient d’accord sur le principe, les difficultés que j’ai rencontrées ont été par exemple la gestion des rendez vous avec eux.  Ils ne venaient pas alors qu’il était prévu de tourner avec eux ou arrivaient très en retard, mais aucun n’a refusé de s’exprimer et certains ont été très francs. Je pense par exemple à Slim Amamou  qui raconte qu’être payé pour ses interventions était une hypothèse intéressante ou Yacine Ayari qui parle de sa défaite cuisante aux élections.

Est-ce que le montage a été une source de difficultés pour toi ?

Le montage a été la phase la plus délicate, j’avais beaucoup de matière. Je ne voulais pas faire un document qui ressemble à ceux qu’on avait vus à la télévision ou à d’autres films. Je souhaitais montrer l’espérance que ces jeunes hommes et femmes avaient créée en nous et démontrer qu’une fois les élections passées, toutes ces promesses allaient s’évanouir. C’était cela la ligne directrice du film, il n’est jamais facile de choisir entre de nombreux témoignages mais mes producteurs ont su m’accompagner et me soutenir dans mes moments de doute.

La jeunesse tunisienne a eu beaucoup d’espoir après le 14 janvier, actuellement elle est en butte aux attaques contre la liberté d’expression, faut-il repartir en guerre contre la censure et de quelle façon ?

Depuis quelques mois en effet les jeunes artistes sont la cible des policiers et des tribunaux. Nous avons tous peur de perdre cette liberté d’expression dont on rêvait, nous devons défendre cette liberté et considérer que la guerre contre la censure ne finira jamais. Nous devons être vigilants tout le temps et ne pas nous taire devant les abus.

Est-ce que tu considères que ton film est une forme de combat contre cette censure ?

Je crois en effet que mon film sort au bon moment et qu’il va servir la cause de la liberté d’expression comme l’ont fait « Wled Ammar »  – les cyber-activistes sur les réseaux sociaux.

L’année 2013 va voir la sortie en salles de « Wled Amar ».  Pour un jeune cinéaste c’est une première très importante, penses tu que ce documentaire va trouver son public ?

J’espère vraiment que la jeunesse va apprécier le film et se retrouver à la fois dans son combat et dans son regard critique et je serais heureux que les autres générations l’apprécient et découvrent que les jeunes savent réfléchir et combattre pour l’avenir.

Quels sont tes projets ?

Je finis de tourner certaines séquences sur quelques rappeurs pour un deuxième documentaire intitulé « La musique et les rebelles ». Le film portera surtout sur les musiciens  de la période estudiantine  sous Bourguiba et sous Ben Ali qui ont été  eux aussi les témoins, les porte-paroles la société tunisienne et les défenseurs de la liberté malgré la censure et les interdictions.  J’ai déjà filmé 80% du documentaire et je pense attaquer le montage avant la fin de l’année.

L.C

Derrière la caméra de Wled Ammar
 

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