Ganymède, l'assassinat de la mémoire tunisienne
Samedi, 09 Novembre 2013 22:09

Après le légendaire Coran Bleu, de Raqqada, voici que la statuette de Ganymède est volée d’un musée de Carthage. Sous le régime de Ben Ali des pièces archéologiques étaient tronçonnées, pour intégrer le décor d’une cheminée, ou d’une salle de bain. Et voici que le trafic de la mémoire continue aujourd’hui.

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La statuette de Ganymède, une pièce archéologique unique et d'une valeur inestimable datant du 5ème siècle a été volée dans la nuit du vendredi au samedi 9 novembre, du musée paléochrétien de Carthage. Et c’est M. Adnane Louhichi, directeur général de l'Institut national du patrimoine (INP) qui l’a annoncé aujourd’hui, dans une déclaration rapportée par la Tap.

La statuette en marbre blanc, haute de 49 cm, représente Ganymède, l'amant de Zeus, le dieu principal dans le panthéon grec, en compagnie d’un aigle, symbolisant lui-même Jupiter. Et il s’agit de l’une des pièces maîtresses du musée d'art paléochrétien de Carthage qui a ainsi été volée.

La police technique mène l’enquête, et la police de frontières, la douane, les aéroports tunisiens et Interpol ont été avertis. Toujours est-il que la Tunisie perd encore une fois des pans de son patrimoine historique.

Le légendaire Coran Bleu, enluminé à Kairouan, où il a été jalousement préservé durant des siècles dans la Bibliothèque de la Grande Mosquée, voit ses pages aujourd’hui éparpillées aux quatre coins du monde, entre le Metropolitan Museum de New York, celui de Tarak Rajeb au Koweït, ou dans la collection privée du milliardaire Agha Khan…


Feuillet du Coran bleu de Kairouan, désormais conservé au Metropolitan Museum of Art de New York

Sous le régime de Ben Ali, la mémoire tunisienne volait en éclats, puisque des statuettes, des frises sculptées, étaient sciées, tronçonnées, pour intégrer le décor d’une cheminée, ou d’une salle de bain. En mai 2011, pas moins de 37 pièces archéologiques ont été saisies par les forces de sécurité à à Carthage Dermech, au domicile de Mohamed Moncef Matri, le père de Sakher Matri gendre du dictateur déchu.

Une Révolution plus tard, les pillards, les trafiquants de toute sorte, continuent d’assassiner notre mémoire collective, dans une indifférence généralisée. Les mesures de sécurité ne sont manifestement pas à la hauteur de la valeur des trésors que recèle cette terre antique de Tunisie. Un laxisme honteux, qui prouve le peu de cas qui est fait de l’identité d’une Nation trois fois millénaire. Faudra-t-il se résoudre à la voir partir en lambeau, revendue aux enchères par des contrebandiers de luxe ?

Soufia B.A

Ganymède, l'assassinat de la mémoire tunisienne
 

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