Délaissés par Bourguiba, ignorés par Ben Ali, oubliés après la Révolution
Vendredi, 15 Mars 2013 09:07

adel-khadhriDes centaines de personnes ont participé le jeudi 14 mars aux funérailles d’Adel Khadhri, qui s’est immolé par le feu à Tunis, le mardi dernier. La colère a grondé du côté de Jendouba, à Souk Jemâa,  dans le village natal du jeune homme mort à 27 ans. 

Alors qu’en ce même jour, le chef du gouvernement inaugurait officiellement ses fonctions. C’est que la misère qui continue de se transmettre de père en fils, dans une région délaissée par Bourguiba, ignorée par Ben Ali, et oubliée après la Révolution.

Le père d’Adel Khadhri, mort d’un cancer en 2010, était lui-même un ouvrier journalier. Il avait été blessé par balles lors des émeutes du pain de 1984. Près de 30 ans plus tard, son fils, un vendeur de cigarette à la sauvette, décédera des suites de ses blessures après s’être aspergé d’essence et mis le feu à son corps, par désespoir. Et il ne s’agit pas d’un cas isolé.

La seule journée du 14 mars aura été marquée par trois tentatives de suicide, suivant la même méthode, celle inaugurée par Mohamed Bouazizi un certain 17 décembre 2010. Un agent de police a tenté de s’immoler par le feu devant le siège du ministère de l’Intérieur à Tunis. Un autre jeune Tunisien tentera de se tuer de la même manière au Kram, avant d’être sauvé in extremis par des passants. A l’Ariana, une femme mettra toutes «les chances» de son côté, puisqu’elle prendra le soin de se jeter par la fenêtre de son appartement après s’être transformée en brasier.

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Mauvais signes pour l’investiture du nouveau gouvernement. Ali Laâridh, désormais premier ministre, lâchera, après l’annonce de la mort du jeune vendeur ambulant : «C'est un incident triste, j'espère que nous avons tous compris le message».

Le président de la République sera plus prolixe. Il se dira «profondément affligé», et  affirmera mercredi, au Palais de Carthage, que «ce geste qui se veut un cri de colère et un appel au secours, doit amener le nouveau gouvernement à déployer un surcroît d'effort». Moncef Marzouki précisera toutefois que «le gouvernement ne possède pas une baguette magique pour résoudre les problèmes de la pauvreté et du chômage qui se sont accumulés trois décennies sur la base d'une politique criminelle fondée sur la corruption, la marginalisation et la dissimulation de vérités».

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Dissimulation ? Si, en effet, le geste d’Adel Khadhri n’a pu être passé sous silence, c’est que le défunt a justement choisi de se donner la mort au cœur de la capitale, devant le théâtre municipal. Un drame retransmis quasiment en direct, à partir de l’artère principale de Tunis. Parce que tous les jeunes désespérés de la Tunisie de la Révolution n’ont pas «bénéficié», de ce fait, de la même médiatisation. Plus de 160 Tunisiens se sont immolés par le feu entre le 17 décembre 2010 et le 12 mars 2013. Dix ont choisi de se donner ainsi la mort de cette manière, pour cette seule année 2013, qui en est juste à son troisième mois. Des chiffres du ministère de l’Intérieur font état de 226 cas du suicide en 2012, contre 285 cas en 2011. Sans même parler de tous ceux qui auront tenté la traversée clandestine de la Méditerranée.

Quant aux chiffres de l’économie, ils révéleront que les investissements auront baissé de moitié dans le gouvernorat de Sidi Bouzid, passant de 85,5 MD de janvier à octobre 2011, contre 47,4 MD en 2012. A Siliana, la création d’emploi, a baissé de 66,3%, avec 1657 postes de travail créés en 2011, contre 558 en 2012. Et Jendouba, connait ainsi une baisse de 38,8% en termes d’investissement, et une évolution négative de la création d’emplois qui recule de 67,1%.

Or si le gouvernement n’a pas de «baguette magique», le moins que l’on puisse attendre de lui, c’est de redonner de l’espoir, et d’émettre des signaux clairs, en faveur des régions sinistrées de la Tunisie. Celles-là même qui ont sacrifié leurs fils sur l’autel de la Révolution, permettant le retour des exilés, jusqu’à les hisser au pouvoir, à Carthage et à la Kasbah. Le cas échéant, faut-il s’étonner quand les éborgnés de Siliana, les immolés de Jendouba, en appellent à la chute du gouvernement ?

Oualid Chine

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