Weld El 15 : Leçons d’une condamnation
Jeudi, 13 Juin 2013 21:28

weld15La justice a tranché. Le verdict du procès Weld El 15 est tombé comme un couperet au tribunal de première instance de Ben Arous. Deux ans de prison ferme. Pour une chanson. Pour l’exemple. En une éclatante démonstration d’une justice indépendante qui résiste à la pression, et à qui on ne fera pas la leçon.

Dieu merci, en Tunisie, nous n’avons pas la même conception de la liberté d’expression que les Yankees. Même si côté US, on ne s’embarrasse guère de copkillermétaphores animalières. Le premier album du rappeur Ice-T, intitulé Cop Killer (Tueur de flics) aura été retiré du marché, en 1992, sans que son auteur ne soit condamné, ni même inquiété. Cop Killer avait fait à l’époque la polémique sur fond de violences policières aux Etats-Unis, avec en toile de fond le passage à tabac de Rodney King, et les émeutes qui s’ensuivirent. Heureusement, ce type de comportement nous est étranger, et n’a aucun rapport avec le pacifisme déclaré et la délicieuse courtoisie de nos policiers. C'est pour cela que nous les aimons. Il n’empêche.

Le verdict du procès Weld El 15 devrait faire jurisprudence, et on devrait prendre les devant et les mesures qui s’imposent de toute urgence. Sus aux artistes déviants, purifions l’art de son penchant pour la subversion, il en va de notre réputation.

shot-the-sheriffIl faudrait sans tarder déclencher une opération coup de poing contre les vendeurs de K7, les graveurs de CD de toute la Tunisie. Rafler, confisquer, retirer de la circulation, les chansons du défunt Bob Marley. Le Jamaïcain n’a-t-il pas avoué, certes en anglais, qu’il avait flingué le shérif ? Et le susnommé Marley, a beau préciser qu’il a épargné le député, se contentant de tirer sur le policier, et en état de légitime défense, s’il vous plait… Mais qui sait ? Des mélomanes pourraient se montrer moins regardants à l’égard de notre Assemblée, et des ses divins représentants.

Mais la sédition ne se limite guère à la chanson, les mauvais esprits en font même des romans. C’est pour cela qu’une brigade de prévention devrait passer au peigne fin les rayons de nos quelques libraires, et de nos fajardiebouquinistes survivants. Qui sait ? Peut-être réussira-t-elle à dénicher quelques exemplaires égarés d’une littérature pernicieuse. On pense par exemple à ce roman de Frédéric Fajardie, dont le titre sans équivoque, «Tueurs de Flics», pourrait donner des idées noires à nos quelques lecteurs existants. Certes, cette espèce est en voie de disparition, mais selon certains échos rapportés des couloirs du ministère, quelques survivants sévissent encore en liberté. A surveiller.

A l’heure d’internet, il faudrait également envisager de filtrer les sites de partage vidéo, et les réseaux sociaux, pour les expurger de tout contenu susceptible d’inciter à la rébellion. Le retour du bon vieux Ammar 404 est donc vivement recommandé. Le cas échéant, la chienlit pourrait repousser, et inspirer de nouvelles vocations, de nouveaux livres, de nouvelles chansons, et peut-être même, à Dieu ne plaise, une Révolution !

Oualid Chine

Weld El 15 : Leçons d’une condamnation
 

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