Tunisie : A l’ANC, on parle aussi français
Samedi, 20 Juillet 2013 14:45

alexandra-leila hovelacqueQuel accueil serait réservé à un Français d’origine maghrébine, qui s’exprimerait devant une assemblée parisienne, avec un accent arabe à couper au couteau, avant qu’il ne se décide finalement à abandonner une bégayante langue de Voltaire, pour discourir dans celle d’Abou El Qacem Echebbi ?

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La prestation d’Alexandra Leila Hovelacque, candidate à l'ISIE devant l’Assemblée Nationale Constituante, et représentante des Tunisiens à l'étranger a ému de nombreux Tunisiens. Il s’en est même trouvé, parmi les députés, à applaudir à son allocution, notamment quand elle est passée de l’arabe, une langue qu’elle maîtrisait manifestement assez mal, au français. Après tout, n’a-t-elle pas déclaré «Je suis Tunisienne de cœur. Je suis tunisienne de par ma mère» ?

Une mère qui n’a pourtant pas vraiment réussi à transmettre cette fameuse langue maternelle. Mais qu’importe ! On découvrira que nos élus ont le cœur sur la main. La députée Karima Souid, l'élue du parti Al Massar (transfuge d’Ettakatol), s’est même laissé déborder par l’émotion. Le courage de Mme Hovelacque, sa sincérité, et même sa compétence, que d’aucuns ont cru déceler par le biais de sa prise de parole de quelques minutes à peine, ont plaidé pour elle. Sur les réseaux sociaux, et en particulier sur Twitter, (généralement acquis à la cause «moderniste» en Tunisie), Hovelacque avait déjà une belle longueur d’avance.

Quoi de plus normal, quand la vice-présidente de notre auguste Constituante, se déclare comme une citoyenne française, d’origine tunisienne ? Une tolérance exemplaire, donc. Même si on constatera que les hommes politiques tunisiens ne maitrisant pas le français, ou ayant un accent particulier sont médiatiquement lynchés. A croire que nos élites pardonnent à leurs représentants de mal parler la langue du pays, mais sont intraitables quand il s’agit d’une langue étrangère comme le français.

On n’ose cependant imaginer l’accueil qui serait réservé à un Français d’origine maghrébine, qui s’exprimerait devant une assemblée parisienne, avec un accent arabe à couper au couteau, avant qu’il ne se décide finalement à abandonner une bégayante langue de Voltaire, pour discourir dans celle d’Abou El Qacem Echebbi. Pas de quoi favoriser l’avenir politique du malheureux «Français issu de la diversité».

A contrario, on aura remarqué que les Français de l’étranger, eux, adoptent rarement l’idiome des «indigènes», même après un séjour très prolongé. Et s’ils arrivent, par miracle, à baragouiner quelques mots à consonance locale et gutturale, on applaudira bien fort leurs efforts. Problèmes d’adaptation ? Insurmontables difficultés d’apprentissage linguistique ? Pas nécessairement. Puisque ce sont les indigènes bon teint qui sont censés parler la langue des irréductibles visiteurs gaulois. Vocation touristique oblige. A moins que ce ne soit encore un problématique héritage historique en déshérence. Allez savoir.

Oualid Chine

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