Journalisme de transition
Mardi, 17 Septembre 2013 11:45

PresseCe mardi 17 septembre a été déclaré jour de grève par le Syndicat National des Journalistes Tunisiens. Une décision prise en réaction à la vague de poursuites judiciaires qui ont visé les membres de la profession. Parce que rien ne saurait justifier l’enfermement, l’emprisonnement, d’un homme pour ses opinions.

Or des journalistes continuent de comparaitre, face à la justice, sur la base du code pénal, puisque les décrets lois 115 et 116, relatifs à l'exercice de la liberté d'expression et de la presse, ne sont toujours pas appliqués.

Et tous les Tunisiens sont concernés. Parce que la liberté de la presse n'est pas un privilège du journaliste, c'est un droit que nos concitoyens ont gagné au prix du sang des Martyrs de la Révolution. Ce droit est-il pour autant pleinement exercé dans les faits ? Clairement non. D’abord parce que le cadre juridique qui régit encore le métier, n’a pas suivi l’évolution de la profession. Ce qui autorise les dérives, favorise les dépassements, et permet une application répressive de lois liberticides. Mais pas seulement.

Les mensonges, les demi-vérités, les opérations d’intoxication délibérées, sont diffusées, reprises, publiées à un rythme quotidien, dans ce qu’il convient de considérer comme une véritable guerre civile, pour l’instant cantonnée dans la sphère médiatique. Et puisqu’il s’agit bel et bien d’une guerre, des bataillons de mercenaires pompent leur encre dans les caniveaux pour éclabousser l’adversaire du moment, à défaut de faire couler son sang.

L’universitaire Larbi Chouikha, s’interrogera ainsi : «Qui peut nous garantir que ceux qui actionnent ces projecteurs le font en toute honnêteté et indépendance d’esprit, conformément aux principes qui régissent la profession, le respect du public et son droit à l‘information» ? Rien justement.

Et de quelle indépendance parle-t-on, quand des dirigeants de chaînes de télévision fondent des partis politiques, ou affichent ouvertement leur sympathie versatile ? Quelle honnêteté pourrait-on exiger de manipulateurs appointés ayant sévi durant 23 années ? Certes, il a fallu toute la «maestria» d’Ennahdha pour faire d’ex-associés des Trabelsi, et de faux journalistes hier appointés pour noircir des rapports sur leurs confrères, des héros de la liberté d’expression.

Le gouvernement nahdhaoui aura en effet opposé une fin de non recevoir à la demande d’ouverture des archives de la police politique. Le pouvoir aura été le premier à recycler ouvertement des laudateurs de Ben Ali, avant de vouer aux gémonies ceux d’entre eux qui choisiront de servir d’autres maîtres. Mais tout de même.

Le microcosme médiatique n’aura, de son côté, guère montré d’empressement à faire le ménage dans ses rangs. Le Syndicat National des Journalistes Tunisiens a, à plusieurs reprises, annoncé la publication de la fameuse liste noire, avant de l’ajourner in extremis. Avec les rebondissements récents de l’actualité, il n’aura finalement même plus à le faire. Puisqu’il a désormais choisi se battre sur d’autres fronts, privilégiant l’unité de la corporation, au point de couvrir les brebis galeuses qui faisaient, hier encore, la honte de la profession.

«Chassez les sorcières, ou elles vous chasseront» s’était exclamé la militante Om Zied, à l’aube de la Révolution. Force est aujourd’hui de constater que le bon grain n’a pas encore semé.  Et la chienlit menace de dévaster la maigre moisson, en diffusant la désinformation, distillant la confusion, fragilisant davantage une mortifère transition.  

Oualid Chine

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