Journalistes patriotes et presse positive
Mardi, 17 Janvier 2012 14:07

good-news tunisiaLe gouvernement issu des urnes nous demande de positiver, histoire, de soutenir la Révolution. Parce que selon nos officiels, le processus révolutionnaire a eu pour aboutissement les élections, et donc leur désignation dans les fauteuils du commandement.

Seulement voilà : difficile de positiver en ce mardi 17 janvier, quand les grèves, les sit-ins, et les manifestations s’étendent du sud-est au nord-ouest de la Tunisie. Difficile de positiver quand on agite des menaces de mort à peine voilées à des animateurs télé. Pas vraiment facile d’afficher un optimisme sans faille, quand un juriste, politicien des causes perdues, est désigné pour cible par courrier.

Et que dire d’un gouvernement qui applique libéralement l'amnistie à un monstre qui agresse nos enfants ? Les listes des prisonniers ont-elles vraiment été étudiées, ou aurait-on libérer en vrac, pour afficher sa mansuétude, sa générosité ? Pour le coup, c’est raté. Les mauvaises langues risquent même de trouver des liens de parenté, entre la famille élargie du mouvement d’inspiration islamique et quelques prêtres catholiques égarés. De quoi hérisser le poil abondant, des moins tolérants.

Entretemps, nos temples du savoir, nos universités, hébergent désormais des grévistes de la faim niqabées, et des combats de bâton acharnés. Sachons raison garder : il ne s’agit après tout que de la plus parfaite illustration du pluralisme syndical. En fait, ce ne sont que deux syndicats d’étudiants qui polémiquent en usant d’arguments frappants. Tâchons de positiver.

Oublions Reddeyyef, Makther, Siliana. Zappons le bassin minier. Il y va paraît-il, de notre salut national. Parce que si ça continue, nous sommes mûrs pour prendre le mur en pleine figure. Mais il ne faudrait surtout pas le crier. On risquerait de réveiller ceux qui roupillent encore à l’Assemblée. Respectons au moins le sommeil du juste. Positivons. Il paraît que les investisseurs se bousculent, c’est toujours ça de gagné. C’est sans doute pour cela que certains d’entre eux sont arrivés à écarter un ministre des finances, remettant en cause ses compétences. Khayyam Turki devra planter sa tente ailleurs, et en silence.

Entendons-nous bien : nous ne cherchons qu’à positiver. Les sit-ins, et la contestation, même pour le lecteur, ça devient lassant. Les grèves ouvertes ne font plus vendre du papier. Ce qu’il faudrait pour booster les statistiques de la presse électronique, c’est plutôt un train qui arrive à l’heure, un navire qui atteint miraculeusement le bon port. Encore faut-il que la sainte trinité, ou la troika, c’est au choix, puisse nous prodiguer quelques bonnes nouvelles à publier.

Marwene El Gabsi

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