Tunisie : L’ambassade US et les bégaiements de l’histoire
Samedi, 15 Septembre 2012 03:11

ambassade-us-tunisieComment une ambassade bâtie comme une forteresse, sur un terrain de plusieurs hectares, entourée de hautes clôtures et de barbelés a-t-elle pu aussi «aisément» s’offrir aux assaillants ? Défaillance de nos services de sécurité ? Quels liens trouver entre les attaques menées au Caire, Benghazi, et Tunis ?

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La représentation diplomatique des Etats-Unis en Tunisie, semblait avoir plutôt confiance dans le pacifisme à la tunisienne, malgré toute cette atmosphère de violence régionale. L’ambassade US à Tunis diffusera en effet un message qui ne parait guère particulièrement alarmant en ce funeste vendredi 14 septembre. Elle se contentera de conseiller aux citoyens américains «d’éviter les lieux où pourraient se dérouler des manifestations» (sic), précisant toutefois que «la sécurité reste fluide». Les officiels américains recommanderont simplement à leurs concitoyens en Tunisie, «de suivre les infos locales». La suite, on la connait.

ambassade-us-tunisL’ambassade aura fini par être prise d’assaut, l’école américaine et des dizaines de véhicules ont été brûlés. Le drapeau noir des salafistes a été hissé à la place de l’étendard américain. Le bilan humain comptabilisera 2 morts et 50 blessés, dont 28 policiers et 22 manifestants. Et c’est toute l’image de la Tunisie, qui paraît écornée. Alors que même quand notre pays a été bombardé par l’aviation Israélienne à Hammam-Chatt en octobre 1985, et même aux pires moments de la Guerre du Golfe, en 1991, quand l’ambassade américaine était encore au cœur de Tunis, du côté du Belvédère, on n’a pu assister à une telle agression. Il faut remonter au 5 juin 1967, à l’époque de la guerre des Six Jours, pour se souvenir de l’ébauche d’une tentative d’incursion avortée, menée en cette année par les manifestants gauchistes…  

Comment donc une représentation diplomatique, bâtie comme une forteresse, sur un terrain de plusieurs hectares, entourée de hautes clôtures et de barbelés a-t-elle pu aussi «aisément» s’offrir aux assaillants ? Défaillance de nos services de sécurité ? Certainement. Laxisme démocratique mâtiné de mansuétude pro-salafiste ? Sans doute aussi. Mais cette journée n’a manifestement pas encore révélé tous ses secrets. Même si quelques bribes d’informations commencent à filtrer, sur les cas de l’Egypte et de la Libye, où des assauts similaires ont été menés contre les ambassades US.

Révélations explosives de «The Independent»
independent«Le département d'Etat américain disposait d'informations crédibles sur des risques d'attaque contre le consulat, 48 heures avant que la foule ne s’en prenne à la représentation américaine à Benghazi et à l'ambassade du Caire. Mais aucun avertissement n'a été envoyé aux diplomates pour les alerter sur les dangers». C’est ce qu’indique le très sérieux quotidien britannique «The Independent», dans un article publié le 14 septembre. Ces éléments ont d’ailleurs été repris par le journal français «Le Monde».

On apprend ainsi notamment que «la sécurité a été renforcée autour du consulat à Benghazi à l'occasion de l'anniversaire des attentats du 11 septembre. Mais les assaillants ont forcé ce dispositif sécuritaire en 15 minutes». C’est donc dans ce contexte que M. Christopher Stevens, l’ambassadeur des Etats-Unis en Libye a été tué, et un officier des services de renseignement américain dénommé Sean Smith blessé. Et depuis, les forces spéciales de l’armée américaine ont pu mettre le pied en Libye, autant dire chez nos voisins, à quelques kilomètres de la Tunisie. On apprécie d’autant plus, l’optimisme du message adressé par l’ambassade américaine à ses ressortissants, dans notre pays.

L’affaire du drapeau envenime l’atmosphère
Et comme si l’atmosphère n’était pas assez tendue, en ce même vendredi 14 septembre, sur les documents distribués à l’Assemblée Constituante, en présence de 300 représentants de la société civile, le drapeau national tunisien est apparu frappé d’une étoile de David, en lieu et place du symbole islamique à cinq branches. Une radio locale attribuera même la responsabilité à une organisation des Nations-Unis, le PNUD en l’occurrence, jusqu’à ce que l’organisme en arrive à dégainer son démenti. Entretemps, l’affaire a pris assez d’importance pour frapper les esprits et faire monter l’adrénaline, à quelques heures à peine de la prière du vendredi, où des prêches enflammés appelleront dans les mosquées à défendre notre Prophète. Comme si la grandeur de l’Islam, pouvait être atteinte par une telle médiocrité cinématographique.

L’enjeu des élections américaines
obama-romneyDu côté des Etats-Unis, accusés de soutenir les régimes islamistes, on risque d’assister à un certain changement de position. La colère spectaculaire des pays musulmans d’Afrique du Nord à l’Asie du sud-est, comme notamment en Indonésie, risque de ne pas séduire particulièrement le Yankee moyen. Il ne remarquera peut-être pas que nulle manifestation n’a particulièrement secoué l’Arabie Saoudite ou le Qatar, réputés théoriquement pour leur attachement aux valeurs islamiques, à en croire leurs prêcheurs très cathodiques. Il n’empêche.

On se souviendra que Barack Obama a salué dans un discours historique la Révolution Tunisienne, acclamée par une standing-ovation au Congrès. Or il serait dommage qu’il cède la Maison Blanche au très conservateur Mitt Romney, qui critique déjà le laxisme de son concurrent démocrate dans la gestion de cette crise.

Obama, lui-même accusé d’être Musulman lors de sa première campagne présidentielle, finira-t-il par se faire battre (indirectement) par des Musulmans ? Il ne sera en tous cas pas le premier président américain à perdre des élections à cause de nos coreligionnaires. Après tout, Jimmy Carter n’a-t-il pas été battu par Ronald Reagan en 1980, à cause des  42 Américains retenus en otage suite à l’assaut de leur ambassade à Téhéran ? L’Histoire ne ferait donc que se répéter. Et à défaut de faire entendre leur voix dans le concert des Nations, les Arabes et les Musulmans continuent de bégayer.

Oualid Chine

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