Lundi, 01 Avril 2013 03:59

Homos en TunisieLe dirigeant d’un parti politique a été accusé sur Facebook, le dimanche 31 mars, d’avoir été pris en flagrant délit de sodomie dans un grand hôtel de Tunis. Ses sympathisants s’empresseront de dénoncer l’intox et la calomnie. Sauf que la «nouvelle» aura déjà fait le tour des réseaux sociaux.

Et elle fera même les choux gras de certains médias. Or il ne s’agit pas d’une mince affaire. Le législateur tunisien estime en effet avoir un droit de regard sur les parties intimes de ses citoyens. L'article 230 du Code pénal de 1913, modifié en 1964, prévoit ainsi une sanction qui peut aller jusqu'à trois ans de prison pour sodomie, même entre adultes consentants. Et le choix délibéré d’évoquer l’homosexualité pour diffamer un adversaire politique est aussi révélateur des mœurs de la société tunisienne. Même si certains politiciens font mine d’éluder la question, surtout pendant les élections.

 masque homophobie«Un homosexuel peut-il adhérer à votre parti» ? C’est ainsi qu’a été interpelé l’ex-chef du gouvernement Hamadi Jebali, par un internaute français, lors d’un débat organisé le 18 octobre 2011, par le quotidien français «Le Monde».  Jebali a répondu «oui». Mais il précisera : «Nous n'allons pas intervenir dans ses actes personnels, mais il doit respecter aussi nos principes, qui sont contre ses agissements. Homosexuels ou autres». Titillé sur le même sujet par un autre internaute, il finira par lâcher : «Ce n'est pas notre priorité maintenant de chercher des sanctions pour ces problèmes, que je considère comme secondaires dans notre société».

Secondaires ? Pas tant que ça. Cette problématique continue de constituer une pierre d’achoppement, vis-à-vis de l’opinion publique occidentale, et même pour l’Organisation des Nations Unies.

Perversion
Dans une déclaration donnée le 7 janvier 2013 sur les ondes de Mosaique FM, Samir Dilou, le ministre des droits de l'homme et de la justice transitionnelle, a affirmé que «la Tunisie  a répondu favorablement  à la plupart des demandes de l’assemblée des droits de l’homme relevant des Nations- Unies. A l’exception de celles portant sur la peine de mort ou l’homosexualité».

Homos en TunisieLors d’un entretien télévisé diffusé le 4 février 2012, Dilou, d’ordinaire évasif, avait clairement affirmé : «l'homosexualité n’est pas un droit humain mais une perversion qui nécessite un traitement médical». Des positions qui lui ont valu une volée de bois vert de la part d’ONG comme Amnesty International, qui l’a appelé à revenir sur sa déclaration.

Pourtant, la Révolution avait aussi suscité les espoirs des «minorités sexuelles». Le magazine français «Têtu», dédié aux homosexuels, a ainsi relevé que lors de la marche du 16 octobre 2011, à Tunis, «des dizaines de drapeaux arc-en-ciel», (NDLR : symbolisant le mouvement Gay) ont été brandis par des manifestants. Mais un témoin tunisien cité par le journal affirmera que «le mouvement a été instrumentalisé». Pis : il soulignera que «les défenseurs des droits de l’homme et la gauche ont été assimilé aux défenseurs du mariage homosexuel (…) Il y a eu des appels à l’intégration des droits des gays dans la constitution».  Ce qui a énormément choqué. Au point de contribuer à la défaite du camp politique censé être le plus proche.

Or l’accusation d’homosexualité a été aussi l’un des outils de pression de la police politique de Ben Ali, qui allait jusqu’à monter des vidéos de toutes pièces pour discréditer des opposants, notamment Nahdhaouis. Et voici que le même procédé est de nouveau exploité par des politiciens proxénètes.

En somme, il apparait donc que la sexualité, une affaire par définition privée, continue d’être largement instrumentalisée en Tunisie. Et si le délit d’homosexualité peut ruiner une carrière, la prostitution politique, elle, continue de s’exercer impunément en plein jour.

Soufia Ben Achour

Politique pas Gay dans la Tunisie de la Révolution
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