Le linge sale national, de Paris à Alger
Mercredi, 11 Septembre 2013 22:04

bouteflika-ghannouchiLe président algérien, Abdelaziz Bouteflika, s’est entretenu, dans la journée du mardi 10 septembre, à Alger, avec Rached Ghannouchi, le dirigeant du mouvement Ennahdha. Le lendemain, au cours de ce mercredi 11 septembre, le leader algérien a reçu Béji Caid Essebsi, le président du mouvement Nida Tounes.

«Des sites d'information algériens et arabes attribuent au président Bouteflika un rôle de bons offices entre Ghannouchi et Caid Essebsi pour aider à une sortie de crise en Tunisie» rapporte à son tour l’agence Tap. Après l’escapade parisienne qui a déjà fait couler beaucoup d’encre, voici que les principaux acteurs du théâtre d’ombre tunisien se dirigent vers l’Algérie.

Insigne honneur s’il en est, Ghannouchi sera le premier dirigeant étranger qu’accueillera Bouteflika depuis son retour en Algérie. Mais loin des flonflons, Zeineb Turki, membre du bureau politique du parti Républicain (Al Jomhouri), ironisera sur la question :

«Les Montaigu et les Capulet qui se rencontrent à Alger sous l'œil bienveillant de Bouteflika pour négocier un accord de paix pour une sortie de crise tuniso-tunisienne, je ne sais pas ce qui reste de la souveraineté de la décision nationale ? Après Paris, c'est au tour d'Alger de se transformer en Camp David».

Mme Turki esquisse ainsi en quelques traits acérés un résumé de la situation qui brille autant par sa précision que par sa concision. Mais il y a fort à parier que ces questions soient le cadet des soucis de nos deux acteurs étoiles, en tournée internationale.

Plus prosaïquement, l'agence de presse algérienne APS, quant à elle, rapporte que «Béji Caid Essebsi a informé le président Bouteflika des tractations en cours pour la réalisation des exigences de l'étape de transition en Tunisie, et évoqué avec lui la situation dans la région».

Et après tout, il n’y a pas de raison que Bouteflika soit privé des confidences dont a été abreuvé le Hollandais volant non loin des jardins de l’Elysée. Mais honni soit qui mal y pense. La très officielle APS souligne ainsi que «la rencontre a permis d'examiner les relations fraternelles privilégiées entre les deux pays frères et voisins et la nécessité d'entreprendre tout ce qui serait de nature à les développer et les approfondir dans tous les domaines». Quand un maître ébéniste expose sa marquèterie, qui ose encore parler de langue de bois ?

Haut les cœurs ! Après tout, laver le linge sale national dans un pays frère, n’est pas plus honteux que de l’étaler au balcon d’un hôtel parisien. Mais tout de même. On n’ose imaginer combien de fois Bourguiba s’est retourné dans sa tombe, devant les facéties de son autoproclamé héritier, et l’envergure de celui qu’il avait condamné.

Moez E.K

Le linge sale national, de Paris à Alger