Caid Essebsi dit avoir poussé Ghannouchi vers la sortie
Vendredi, 31 Janvier 2014 09:51

Vous avez cru que le nouveau gouvernement était le résultat de la mobilisation de la société civile tunisienne ? Une issue consensuelle décidée et négociée entre les principaux partis sous la pression étrangère ? Vous avez tout faux. Voici la version défendue par Béji Caid Essebsi, dans une interview publiée dans le journal français «Le Point», dans son édition du 30 janvier.

A la question «Comment Ennahda a-t-il pu accepter de lâcher les rênes du pouvoir», il répond:

«J'ai moi-même convaincu Ennahdha de participer au dialogue national. J'ai dit à Rached Ghannouchi que s'il ne coopérait pas, son parti serait dégagé par la force».

On imagine donc que le président d’Ennahdha n’avait vraiment plus le choix face à l’offensive décisive du leader de Nida Tounes. Si la Tunisie en est là aujourd’hui, c’est donc grâce à la menace à peine voilée, adressée par Caid Essebsi à Ghannouchi. C’est en tous cas ce que laisse entendre clairement le vieux Destourien.

Sauf que Caid Essebsi ne donne pas plus de précisions sur la «force» qu’il aurait utilisée pour dégager Ennahdha , un parti qui a obtenu une majorité (certes relatives), dans des élections supervisées notamment par des organisations internationales à la crédibilité reconnue. Aurait-il caressé l’espoir d’un scénario à l’égyptienne ? Plausible. Parce que selon lui, «les Frères musulmans, lorsqu'ils accèdent au pouvoir, ne le quittent que par la violence».

Mais heureusement pour les Tunisiens, que les Nahdhaouis sont, (toujours selon Essbsi ), «beaucoup plus civilisés que les Frères musulmans égyptiens». Et cette différence, au niveau «civilisationnel» ce serait à Bourguiba qu’on la doit. Puisque à en croire le sémillant Destourien, la Tunisie est «un pays civilisé, grâce à Bourguiba». En définitive, c’est donc indirectement le fantôme du Combattant Suprême qui a dégagé Ghannouchi. Quoi de plus naturel, dans un pays dont le chef d’Etat interarmées (démissionnaire), à savoir le général Ammar, lui-même a affirmé devoir sa protection à ses saints. Ya Belhassen ya Chedly !

Moez E.K

Caid Essebsi dit avoir poussé Ghannouchi vers la sortie