Tunisie : Vers un nouveau contrat social ?
Mardi, 26 Août 2014 13:19

Tribune.  Il est indéniable que nous ne pouvons vraiment avancer vers l’avenir sans parler, en toute transparence, des racines de ce qui nous est arrivé sous l'ancien Régime : dévoiement des fondamentaux du vivre ensemble ! Par Mohamed Cheikhalifa, Macro-économiste.

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Autant ce peuple a démontré son patriotisme, en accomplissant l’Acte Un de notre Révolution Démocratique du XXI Siècle, et en l’offrant sur un plateau d’argent à nos politiciens en herbe ; autant ce fut douloureux, honteux et même infamant qu’une partie, aussi minime soit-elle, pourrait être  le point d’appui de cette guerre larvée contre le vivre ensemble : le terrorisme !

 Sans l’irruption du terrorisme, les ingérences politiques et économiques, et même les tentatives d’atteinte à la souveraineté nationale n’auraient pas été possibles.

 Par conséquent, même si les facteurs externes sont manifestes, étant donné les déclarations des chefs des sectes sectaires et leurs instruments, ce facteur interne est fondamental pour traiter la situation actuelle et éviter qu’elle ne pérennise.

A- Du déficit moral à combler : vaste programme !

Malgré le consensus parmi les Tunisiens, lesquels considèrent que la raison ayant poussé ceux-là à pense à nuire à notre Patrie, est l’ignorance, nous pensons que cette crise s’est principalement fondée sur un « déficit moral ».

En effet, c’est l’absence de morale qui défigure les lois, méprise l’honneur, vend les patries, et mène à l’anéantissement des Nations.

C’est le plus grand obstacle au développement des sociétés, lequel ne dépend pas uniquement des règles et des lois aussi judicieuses soient-elles, mais dépend essentiellement d’une éducation fondée sur la moralité.

 Sans morale, il n’y a pas de développement ; ces deux exigences étant inséparables.

 Les comportements moraux peuvent mener à la bonne application des lois, et les bonnes lois peuvent développer la morale, à condition d’en avoir semé les graines préalablement dans la famille et la société. Dans la pratique, les règles supposent que l’être humain existe pour servir les autres et profiter d’un service public, qu’il soit salarié, fonctionnaire, entrepreneur  et même membre d’une association de bienfaisance. Par conséquent, sans morale, le sentiment national n’habiterait pas notre conscience et le service public n’aurait plus de sens. Chacun d’entre nous agirait en égoïste et aux dépens d’autrui. C’est ce que nous avons largement observé au cours de cette période de transition, où beaucoup se sont révélés aussi dangereux que le régime défunt.

C’est ainsi que le déficit moral nous éloigne de nos objectifs car, à un moment donné, nous ne disposons plus des outils nécessaires à leur concrétisation. Ce qui fait que nous voulons le développement sans pouvoir y parvenir et que nous voulons lutter contre la corruption sans pouvoir La terrasser.

Aborder cette question, n’est ni une dispense de la révision des lois et des règlements, ni un prétexte pour soustraire l’État à ses responsabilités.

Si les comportements moraux et l’éducation à l’éthique sont essentiels, le rôle de l’État et de ses institutions sont fondamentaux, sans oublier que toute construction en l’absence de fondations solides est vouée à l’effondrement.

B-De la lutte contre la corruption, point d’achoppement de toute renaissance sociale !

D’où l’importance de « la lutte contre la corruption » car ces deux sujets [déficit moral et corruption] sont étroitement liés ; la corruption morale étant le plus grand défi posé à toutes les sociétés et à tous les États. Elle est à la base de la corruption administrative et financière, lesquelles engendre une corruption plus grave encore : la corruption nationale génératrice d’individus qui vendent leur patrie et le sang de leurs enfants au plus offrant. Par conséquent, la lutte contre la corruption doit être menée sur plusieurs axes à la fois et en même temps. Frapper d’une poigne de fer tout corrompu avéré est nécessaire, mais n’empêche pas l’apparition d’autres corrompus plus rusés et plus subtils qui resteront impunis et qui perpétueront indéfiniment les conditions servant leurs seuls intérêts. Placer la lutte contre la corruption au sommet de la pyramide n’est donc pas suffisant, mais nécessite une réforme administrative des institutions publiques qui se situent au centre de cette pyramide. C’est une réforme globale que nous avions initiée et que nous devons poursuivre sans relâche, étape après étape, mais il est indubitable qu’elle a été retardée par des calculs politiciens.

Un deuxième axe porte sur la révision des programmes éducatifs de telle sorte qu’ils ne se contentent pas d’enseigner, mais aussi d’éduquer. Il s’agit d’un travail monumental que le Ministère de l’Éducation doit prendre en main ; mais là aussi, l’application des programmes est nécessairement progressive et de longue haleine. Dans ce contexte, il est d’autant plus important que cette évolution concerne aussi les institutions religieuses censées former des cadres responsables dont nous avons un grand besoin, aujourd’hui plus que jamais !

Dans ce but, le Ministère concerné, les ulémas de la Zitouna doivent collaborer notamment à la révision des références, et des institutions religieuses. Bien sûr, nous ne devons pas oublier le rôle important des médias, lesquels ne changeront pas grand-chose s’ils se contentent de parler des corrompus, de les critiquer, voire de les attaquer publiquement. Seules des investigations sérieusement menées, avec preuves à l’appui, pourront être tenues en compte par les inspecteurs et les tribunaux chargés de lutter contre la corruption. Tel est le rôle de l’État, c’est le chemin le plus court et le plus rapide. Mais le rôle le plus important, qui s’exerce sur des années et se situe à la base de cette pyramide, donc au fondement même de la lutte contre la corruption, revient à la société et plus particulièrement à la famille.

Pour produire une société non corrompue, nous devons tous donner, pères et mères, « la bonne éducation » à nos enfants. Posons-nous la question de savoir si ce que nous avons observé comme corruptions, exploitations, enlèvements, vols, trahisons, et multiples autres vices, seraient apparus dans notre société si les parents de ces délinquants leur avaient assuré une bonne éducation. Le personnel politique devrait être exempt de tous soupçons à cet égard !

D’autre part, qu’en est-il des milliers de personnes honnêtes, travaillant dans les deux secteurs public et privé ? Qu’en est-il de tous ces jeunes qui ont décidé de s’engager quitte à mourir pour la défense de la patrie ? Qu’en est-il des citoyens qui ont poursuivi leurs devoirs vis-à-vis de la Nation en s’acquittant de leur devoir fiscal par exemple ? Tous ceux-là n’ont pas agi sur ordre d’un supérieur ou selon des directives administratives. Ils l’ont fait parce que leur famille leur a inculqué la bonne éducation, offrant ainsi des personnes honnêtes et patriotes à la communauté nationale.

C-Un développement écologique et autocentré !

A ce volet d'éthique il y a lieu de le souder à un volet de programme de politique économique qui prendra  en charge la question de l'énergie et du stress hydrique minant structurellement notre économie, afin de parachever  la réalisation des objectifs de la Révolution : c’est un nouveau paradigme de développement à initier sans tarder ;  pour assurer notre autoconsommation en produits de base que sont ceux énergétique et ceux de l’agriculture ! Leurs importations grève notre Balance Commerciale de plus de 10 MD de Dinars par an, somme équivalente à notre déficit commercial galopant et évoluant parallèlement et de pied ferme avec lui !

En effet les économies planifiées peuvent être très mauvaises lorsque il s'agit de s'occuper du bien être individuel, mais lorsque il s'agit du contrôle des ressources nécessaire à la résolution d'un problème d'ordre collectif, elles peuvent s’avérer très efficaces : c'est notre cas pour le domaine des énergies renouvelable et le dessalement de l'eau de mer pour notre agriculture !

Ces fondamentaux relèvent de la volonté collective dirigée vers le renforcement de la souveraineté nationale sur nos ressources naturelles…


- a) pour l'énergie électrique:

    Garantir la consommation nationale de 1250 kWh/an/hab de source solaire par du PV sur nos 100 km² de toiture des ménages et 50 km² de locaux divers.

 -b) pour la question de l'eau :

   Relever la dotation actuelle des 335 m3 par habitant à 2 000 m3 nécessaires pour nous arrimer à nos terres en assurant notre autosuffisance alimentaire pour les denrées de base et le plein emploi des facteurs de production. Cet objectif pourrait être atteint par la mobilisation de l'énergie solaire concentrée pour dessaler l'eau saumâtre/usée ou de mer, par distillation!

Une telle œuvre salvatrice pourra être planifiée pour la prochaine décennie 2015-2025...

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