L’impérieuse nécessité de soutenir l’IVD
Mercredi, 14 Janvier 2015 10:08

Tribune. Soutenir l’Instance Vérité et Dignité n’est pas, pour moi, un choix politique banal : cela correspond à une impérieuse nécessité qui concerne l’avenir, non seulement de la Tunisie de la révolution, mais aussi celui de toute la région, celui peut-être de plus encore. Par Gilbert Naccache.

Expliquons-nous : tout le monde a salué le caractère pacifique et bon enfant de la révolution tunisienne, le fait qu’elle n’a pas eu recours aux armes et qu’elle n’a pas cherché à établir une dictature quelconque, même à l’égard de ses ennemis. La justice transitionnelle a été le moyen trouvé par les Tunisiens pour que cela continue : loin de chercher des vengeances illusoires, elle ouvrait la porte à la reconnaissance des exactions commises, à l’établissement de la vérité, et, plus tard, à la réconciliation nationale sur les bases de l’évaluation objective de l’histoire récente.

En somme, la justice transitionnelle devrait permettre de poursuivre la révolution, par des voies pacifiques, et de couper court à toutes les manifestations, au demeurant compréhensibles, de haine et de recherche de vengeance, elle a pour but d’éviter le prolongement des violences. Dans cette optique, les victimes et leurs ayant-droits sont moins protégés que les responsables présumés des violations des droits de la personne, et leurs droits sont moins garantis que ceux de ces derniers par la justice transitionnelle. En effet, sans cette dernière, il est à craindre que soit forte la tentation des victimes ou de leurs proches de se faire justiciers et que le mouvement de protestation contre l’abandon du processus d’établissement de la vérité entraîne un nouvel embrasement, une flambée de violences sans précédent.

Ainsi donc, contrairement aux apparences et aux conclusions que l’on risque de tirer de l’opposition de certains milieux au démarrage de la justice transitionnelle, ce sont ces milieux mêmes, et ceux qu’ils veulent couvrir, qui seront les bénéficiaires directs de cette justice, pacifique et indulgente envers ceux qui manifestent leurs regrets : au lieu de cela, le renonciation à cette manière de sortir de la crise profonde de la société ferait poser un risque direct sur ces personnes, et un risque plus grand pour le pays. Les jeunes qui se rendent en Syrie pour rejoindre les jihadistes sont des déçus de la révolution et de la situation actuelle, recherchent une raison de mourir faute d’avoir trouvé des motifs exaltants de vivre. Prenons garde : la généralisation de cette déception pourrait enfanter de nombreux émules de frères Kouachi… Et ne nous ne faisons pas d’illusions : les discours des recruteurs ne peuvent avoir d’effet que sur les gens prêts à les entendre, et la déception de ces jeunes les y prépare.

Bien sûr, la déception a  aussi des origines autres que le comportement des pouvoirs par rapport aux violations passées des droits de la personne, le chômage, la discrimination qui perdurent ne facilite pas l’espoir. Mais la justice transitionnelle, si elle réussit, jouera un rôle positif au point de vue de la confiance de la jeunesse, les poussera peut-être à rechercher plus activement les voies et moyens pour arriver à la justice économique et sociale.

La révolution tunisienne a correspondu à la faillite de système politique et social d’après l’indépendance. Le rejet de ce système paraît d’autant plus définitif que les tenants de ce régime ne paraissent pas en mesure de s’unir autour d’un d’entre eux. La poursuite et l’approfondissement de la révolution semble le seul moyen de stabiliser le pays et de lui ouvrir des perspectives d’avenir. Si la solution pacifique, appuyée sur le processus de justice transitionnelle n’est pas adopté, il y a des chances que se substitue à lui un autre type de processus, appuyé sur la violence, avec les immenses risques de déviation de la route : c’est pour cela que je crois qu’il faut soutenir ce processus, et l’instance qui le pilote, les soutenir et rester vigilant en ne permettant pas le moindre écart vis-à-vis du projet et de ses objectifs.

L’impérieuse nécessité de soutenir l’IVD
 

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