Les Tunisiens de l’étranger face à leurs députéEs
Vendredi, 27 Février 2015 01:02

Tribune. Cette semaine, les tunisiens de l’étranger vont pouvoir aller à la rencontre de leurs députéEs. Ces rencontres seront des temps rares pour se faire entendre. A nous donc de nous en saisir, pour ne  pas les transformer en grande messe insipide de conformisme et de consensualisme. Par Limam Wajdi

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Cette semaine, les tunisiens de l’étranger vont pouvoir aller à la rencontre de leurs députéEs. En tout cas les tunisiens de la circonscription France 1, à proximité de Paris, vont pouvoir rencontrer les deux députés Nahda, les deux députés Nidaa, ainsi que le député Afek. Ces rencontres seront des temps rares pour se faire entendre. A nous donc de nous en saisir, pour ne  pas les transformer en grande messe insipide de conformisme et de consensualisme.

Car, oui les députés doivent être interrogés et doivent rendre des comptes à leurs électeurs. Quelques littéralistes du droit vont surement nous répéter que les tunisiens représentent la Tunisie et par leurs circonscriptions, mais dans les faits, personne n’est assez fou pour oublier qui l’a fait Roi (ou Reine). Ils vont devoir prendre conscience que la diaspora tunisienne en France a des attentes, et ceci au-delà des divergences partisanes.

La question de la transition démocratique, de la souveraineté économique, de la justice transitionnelle sont des questions clés pour aborder les débats avec eux. La Révolution tunisienne, sa soif de liberté, sa soif de justice sociale est encore là. C’est elle qui fait que nous trouvons injuste la justice tunisienne qui enferme ses enfants, quand ils usent de leurs libertés d’expression. C’est elle qui fait qu’aujourd’hui, la question de la gestion énergétique est un sujet qui  doit regarder l’ensemble des tunisiens. C’est elle qui demande justice aux blessés de la révolution. C’est elle qui exige de rendre justice à l’ouest et au sud du pays et qui demande justice à ses fils et filles. La Révolution tunisienne est l’âme de notre engagement et le curseur.

Ce souffle nous aide aussi à prendre conscience qu’il ne pas oublier le quotidien, le nôtre et celui de nos concitoyens, ce quotidien qui si il venait à être oublié, ferait revenir les forces de l’ancien régime dans ce qu’ils ont de plus sombres. Nous sommes face à des défis qui sont aussi divers que la diaspora tunisienne. La question de la lutte contre la corruption, qui ne cesse d’augmenter et qui se montre à voir, aussi bien dans les dispositifs portuaires, que dans les dispositifs d’investissements pour les tunisiens de l’étranger, point de salut, pour celles et ceux qui ne sauront pas à qui « graisser » la patte, ou qui refuseraient de le faire. La question des investissements immobiliers, étape importante dans la construction du lien avec le pays d’origine, l’opacité des opérations bancaires, la difficulté de trouver le bon interlocuteur, empêche la généralisation de ce genre d’investissement. De la même manière, la question de la sécurité ne saura être ignorée plus longtemps, comment encourager les tunisiens de l’étranger à continuer à se rendre sur place plusieurs fois par an, à encourager leurs réseaux à y aller, à y investir (malgré les obstacles évoqués plus haut) quand la sécurité n’est pas assurée dans les rues, les routes et certaines villes, où seule la solidarité locale est un frein au banditisme ?

De manière plus globale, la Tunisie reste aujourd’hui la démocratie issue des Printemps Arabes. On peut et on doit rester lucide sur cette transition politique, qui tend jour après jour à renforcer les mécanismes de l’autoritarisme, avec l’aval de cette nouvelle coalition gouvernementale, incluant les ennemis historiques que furent les Destouriens et les Islamistes (et la composante libérale d’Afek). C’est ce possible retour en arrière, qui ne se fera pas du jour au lendemain certes, mais qui reste probable, au vu du poids de la mafia politico-financière (dernière prestation télévisée de Trabelsi, qui a participé à la mise en coupe réglée du pays) et influence des députés intégrés de manière ancienne au monde des affaires. A cet ennemi de l’intérieur, acteur de la paupérisation, de la corruption, de l’inégalité des richesses, il faut ajouter la situation trouble de notre puissant qu’est la Libye, où chaque soubresaut sème le trouble dans les foyers.

 C’est en cela que les députés ont un impératif de transparence, de concertation, de dialogue afin de présenter la situation telle qu’elle est, mais aussi de ne jamais perdre de vue qu’ils doivent être les porte-voix des tunisiens de France, qui souhaitent allier un développement économique pour leurs pays et leurs familles qui y vivent, et une poursuite du processus démocratique, qui soit à la hauteur de nos aspirations.

Limamwajdi1@gmail.com

Les Tunisiens de l’étranger face à leurs députéEs
 

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