Le terrorisme, stade suprême de l'impérialisme
Jeudi, 19 Mars 2015 08:38

Tribune. Le terrorisme est né à partir des contradictions inhérentes au système mondial. Celui-ci se dit pacifique et pacificateur alors qu'il mène la guerre comme il respire. Il produit une pensée unique, une culture unique, un art unique. Par Mohamed Slim Ben Youssef

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Dans une redondance funèbre de la danse macabre, le terrorisme, cette bête immonde toujours aux aguets, en perpétuel état d'urgence, frappa au cœur même de notre capitale. A quelques mètres du siège de l'ARP, au sein d'un musée, le fusil composa sa symphonie morbide sous les regards hébétés des visages livides. L'abjection funeste ne distingua personne. Aucun traitement de faveur. 
La socialisation de la mort, la distribution équitable du malheur, la diffusion égalitaire de la tristesse, ont été parfaitement orchestrées par le monstre moyenâgeux. 
Un monstre moyenâgeux au XXIe siècle. En 2015. Le 18/03/2015. 
Un monstre moyenâgeux, mais pas du tout anhistorique.

Si le terrorisme porte aujourd'hui l'habit d'une religion, si les idéaux dont il se réclame relèvent d'une conception réactionnaire et obscurantiste, si son discours est puisé dans une doctrine surannée, instituée par des docteurs de la foi ayant vécu depuis quelques siècles, il est surtout un phénomène de la société post-moderne, c'est-à-dire le fruit de cette création si merveilleusement faite qu'est la mondialisation. 
L'impérialisme atlantique, auquel l'histoire a déblayé le terrain par la chute de l'union soviétique, règne en maître depuis une vingtaine d'années. Dès lors, une série de mutations a commencé à affecter le monde.

L'impérialisme atlantique, le centre du système capitaliste mondial, n'a cessé de développer les moyens de production dans un rythme vertigineux. La technologie progresse d'une rapidité inconcevable. L'effervescence exponentielle de plusieurs secteurs économiques, la recherche continuelle de la main d'œuvre bon marché et l'exploitation des ressources naturelles des pays de la périphérie, s'inscrivent dans la logique inéluctable de la mondialisation. 
Pour asservir le tiers-monde comme il se doit, l'impérialisme atlantique mit en place des institutions financières qui veillent à l'équilibre, continuellement bousculé, du système mondial. Par le biais de ces institutions, des "réformes" sont imposées à tous les pays sous-développés dans le but de faciliter les conditions de l'exploitation impérialiste.

L'impérialisme atlantique est colonisateur par essence. Sa colonisation, cependant, est réinventée, bousculée à l'instar de tout le bousculement engendré ailleurs. Le centre du système mondial combine désormais la force militaire avec la force économique. Tout en multipliant ses interventions musclées dans la périphérie, et avec toutes les guerres qu'il décrète ça et là dans le monde, l'impérialisme atlantique intervient, colonise et exploite en usant, à tour de rôle, de sanctions économiques, de dettes ou de préconisations à but très lucratif.

La production culturelle et artistique est aussi soumise au bon vouloir des maîtres du monde. Dans la logique inhérente au bon fonctionnement du capitalisme mondial, les idées véhiculées, la musique, le cinéma, la littérature sont, en grande partie, produits dans le sens de la recherche effrénée du profit. 
Au cours de ce processus, les spécificités culturelles des pays de la périphérie commencent à se faner progressivement. Les identités s'éteignent petit à petit en se prosternant devant Sa Majesté la culture mondialisée. Les différences qui enrichissent le monde croulent sous le joug de la pensée unique, celle de la poignée de personnes qui détiennent les rênes de la planète. 
Le terrorisme, dans son acception actuelle, surgit à partir de cet état de fait. Il prend naissance dans la périphérie, et commence à prendre de l'ampleur à mesure que la marche de l'impérialisme atlantique progresse.

Le terrorisme est né à partir des contradictions inhérentes au système mondial. Celui-ci se dit pacifique et pacificateur alors qu'il mène la guerre comme il respire. Il produit une pensée unique, une culture unique, un art unique; tout en prétendant être respectueux de la différence et du pluralisme. Tout en exploitant les richesses des peuples, il déclare vouloir les aider dans la voie du développement économique. Tout en exerçant sa tyrannie sur l'ensemble des ressources de la planète, il propose son expertise aux pays en voie de démocratisation. Tout en faisant des droits de l'Homme sa devise, il piétine, sans aucune gêne, les droits humains les plus élémentaires lors de ses innombrables conquêtes.
En agissant de la sorte, toujours dans sa logique inéluctable, il tente de protéger ses intérêts en produisant le terrorisme qu'il souhaite manipuler pour parvenir à ses fins. Son hégémonie, dans sa quête perpétuelle de consolidation, active et réactive les réflexes de la sauvagerie.

Le terrorisme, qui détruit aujourd'hui le moyen-orient, et qui manie si bien les fusils et les bombes sans pour autant manier le verbe, a trouvé dans le patrimoine culturel et identitaire du monde arabo-musulman une assise idéale pour amorcer ce processus d'activation de la barbarie. 
La sauvagerie terroriste est aujourd'hui à son summum. Et ce n'est pas un hasard si son élan destructeur n'affecte, en très grande partie, que les pays du sud, nos pays. Le mode de production impérialiste, avec les multinationales, les puissances mondiales de l'OTAN et les institutions financières au sommet de la hiérarchie, avec leurs sbires et clients régionaux à la base de cette hiérarchie, essaie de se maintenir tout en vacillant. En fait, s'il n'est pas encore tombé, c'est parce qu'il a si bien réussi, admirablement réussi, à pervertir les consciences et fausser les conceptions à son propos. 
Dès la chute de l'union soviétique, Francis Fukuyama s'est vite précipité vers sa plume pour nous griffonner quelque chose sur la fin de l'Histoire et le triomphe du modèle capitaliste sur son analogue socialiste. Si c'est avec le terrorisme que finit l'histoire, il faut dire que l'histoire finit plutôt mal. 
Quoi qu'il en soit, je pense qu'il faut réellement penser le terrorisme. Loin de tout cet imbroglio médiatique, de toutes ces opinions prêtes-à-porter que produisent les méninges de la plupart de nos politiciens. Prendre du recul est nécessaire pour réfléchir sur la question en dehors de l'ordre totalitaire de production de la pensée et de la contre-pensée.

Le terrorisme est, je pense, le stade suprême de l'impérialisme. 
Par conséquent, la lutte contre le terrorisme implique la lutte contre l'impérialisme.

Le terrorisme, stade suprême de l'impérialisme
 

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