Mardi, 31 Janvier 2012 14:51

ali-laaridhAli Laâridh, ministre de l’Intérieur et représentant du parti Ennahdha n’a pas pris de pincettes pour s’en prendre au niqab, dans la soirée du lundi 30 janvier. Dans un entretien diffusé sur Hannibal TV, le responsable a clairement indiqué que les règlements internes des universités devaient être respectés par tous.

M. Laâridh a ainsi martelé que «le niqab n’a aucun rapport avec l’Islam», et qui plus est «étranger à notre société tunisienne». Difficile d’être plus clair.

Comment, dès lors, interpréter la permissivité qui a entouré jusqu’ici le phénomène du niqab, en Tunisie en général, et dans l’université en particulier ? S’agirait-il une manière de respecter les libertés vestimentaires, considérées comme un droit de l’Homme ? Le niqab serait-il donc à mettre au même niveau que la minijupe, qui pourrait choquer les plus conservateurs ?

A noter que les déclarations sans équivoque du ministre de l’Intérieur tranchent avec les interventions antérieures de ses collègues nahdhaouis sur la question. Ainsi, en novembre 2011, Noureddine B’hiri, membre du bureau politique d’Ennahdha, et actuellement ministre de la Justice, s’était déclaré «pour le dialogue, et contre l’obligation ou l’interdiction du port du niqab». Une manière de ne pas se prononcer clairement sur un sujet considéré comme délicat. En décembre dernier, alors que la polémique atteignait son paroxysme à la faculté de Manouba, Samir Dilou, l’actuel ministre des Droits de l'Homme et de la Justice transitionnelle et porte-parole du gouvernement avait (une fois de plus) esquivé la question en relevant que «le  niqab mérite un débat national».

sefsari

Et voici qu’Ali Laâridh, semble avoir tranché sans équivoque, en ne laissant planer aucun doute sur sa vision du niqab, qu’il considère à la fois comme «ne relevant pas de l’Islam, et étranger à notre société». Or cette manière de voir les choses ne semblent pas être partagée par tous les supporters d’Ennahdha. Pis : des extrémistes inspirés d’idéologies moyen-orientales tentent de faire le forcing sur les réseaux sociaux, en ressortant des images d’archives, des photos des années 50 mettant en scène des Tunisiennes en sefsari, et khama (ce tissu noir qui couvrait la bouche et le nez des femmes tunisiennes). Des photos destinées justement à servir de preuves, attestant que le niqab aurait ainsi des racines en Tunisie.

radwan-masmoudiMais voici que d’autres «islamisants» de tout premier plan montent également au créneau, pour défendre les thèses modernistes d’Ali Laâridh. Radwan Masmoudi, le tuniso-américain, directeur du Centre d'Etudes sur l'Islam et la Démocratie (CEID), l’homme qui a invité Hamadi Jebali à Washington en mai 2011, dégaine un commentaire sans équivoque. Le politologue proche d’Ennahdha, considère ainsi que «le niqab n’a rien de musulman, et c’est un signe de décadence et de sous-développement. Il sévissait à une époque où la femme restait enfermée chez elle, ne lisait pas, n’écrivait pas. Or nous voulons le progrès, et  la civilisation». Ce commentaire a été publié le mardi 31 janvier, soit le lendemain de la déclaration d’Ali Laâridh. Difficile de voir dans la quasi concomitance de ces prises de positions publiques le simple fait du hasard. Ces derniers jours, l'image d’Ennahdha a été malmenée par quelques couacs retentissants, dont quelques membres de l’aile «dure», comme notamment Sadok Chourou, ont été l’auteur. Les colombes du parti seraient-elles chargées de jouer aux pompiers, pour éteindre les incendies déclenchés par les faucons du mouvement ?

Moez El Kahlaoui

Campagne d'Ennahdha contre le niqab ?
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