La Tunisie déstabilisée par Facebook ?
Mardi, 12 Juin 2012 16:02

facebook-tunisieAprès avoir apporté sa contribution à la Révolution, Facebook servirait-il désormais à déstabiliser la Tunisie ? Multiplication d’intox, manipulations en tout genre, fuite des épreuves du baccalauréat distillée le lundi 11 juin, sur les réseaux sociaux…  Le tout diffusé massivement sur un réseau qui compte près de trois millions de membres en Tunisie, et qui dispose encore d’une certaine crédibilité malgré tous les dépassements constatés.

La flambée de violence qu’a connue le Grand-Tunis dans la nuit du lundi a ainsi largement été relayée par Facebook, quitte même à ce que certains montent des vidéos de toutes pièces, et recyclent des images anciennes pour contribuer au sentiment d’insécurité.

A cet égard, notre collègue Thameur Mekki affirme, «Après quelques échanges avec des citoyens habitants les zones chaudes, je vous informe que le pire de nos ennemis reste la désinformation. Les gens se sont insurgés parce qu'ils pensent qu' "il y a eu des représentations du prophète" et que Néjib Chebbi a organisé l'expo blasphématoire". Face à des médias en perte de crédibilité, l'intox de Facebook fait la pluie et le beau temps. Là, c'est l'orage».

On aura en effet constaté que l’exposition d’arts plastiques de La Marsa, a été accompagnée sur Facebook de photos de tableaux qui n’ont aucune relation avec ceux exposés à El Abdellia. Mais le mal est fait.

Khemais, architecte, mais très actif sur les réseaux sociaux en Tunisie, lâchera à ce sujet : «Pour cette période d'effervescence post-Zabaienne, retenons tout de même l'exploit qu'a réussi bon nombre de médias révolutionneux et de bras cassés journaleux, à savoir : L'INFOX, art de faire de l'info à partir de l'intox».

Cependant, quelques voix s’élèvent,  au cœur même des réseaux sociaux pour tenter d’apaiser les esprits. Aicha Gorgi, galeriste, et grand amatrice d’art devant l’éternel affirmera : «En ce moment je suis contre toute manifestation publique et je demande aux artistes de se calmer et de ne pas être la cause de l'embrasement du pays. L'art est avant tout un vecteur de dialogue et de communication. Ne tombons pas dans le piège de la confrontation» ! Dans la même veine, Lotfi Frigi, écrira ainsi :

«Tout le monde, je vous prie de vous calmer. Je sais que je me répète ad nauseum, mais je vous conjure de prendre un pas en arrière pour mieux voir, mieux comprendre et mieux évaluer les événements. (…)  L'hystérie qui s'installe dans le pays est exactement ce à quoi certains aspirent.  Alors calmez-vous s'il vous plaît».

Sauf que par définition, sur Facebook, les voix de la sagesse ne sont pas nécessairement celles qui crient le plus fort. Les photomontages à l’impact dévastateur, les contrevérités brûlantes, les faux scoops explosifs bénéficient d’une audience et d’un taux de partage infiniment supérieur à celui des propos pondérés, et des analyses éclairées. Faut-il espérer que les Tunisiens commencent à se détacher d’un réseau social qui a été essentiel durant la Révolution mais qui contribue aujourd’hui à souffler sur les braises de la discorde ? Est-ce réellement possible quand on sait que les ministères tunisiens, et même les services de la présidence de la République, ont mis Facebook au coeur de leur dispositif de communication?

Lotfi Ben Cheikh

La Tunisie déstabilisée par Facebook ?
 

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